Un seul arrêt pour Abbondanzieri
C'est arrivé à d'autres, et les Bleus ont déjà connu des défaites moins acceptables que celle-là. Battus par l'Argentine en amical (0-1), au Stade de France, ils ont bien involontairement donné du crédit au discours de Raymond Domenech selon lequel leur niveau de jeu moyen ne fait pas d'eux des qualifiés certains pour l'Euro 2008. Ils se sont appliqués. Ils ont eu souvent le ballon. Les deux tiers de la deuxième période ont même eu quelque chose d'entraînant, sous l'impulsion d'un côté droit lyonnais Clerc - Govou. Mais la réalité du terrain est assez cruelle : Abbondanzieri n'a effectué qu'un arrêt, et la victoire de l'Argentine ne se discute pas vraiment si le football est ce jeu collectif où priment et se marient technique individuelle et maîtrise collective du ballon. Il n'est pas certain que l'Argentine ait gagné ce match «en jouant bien», comme elle se l'impose par tradition. Mais elle l'a gagné en jouant très, très bien le coup. Elle a eu les idées claires sur tous les ballons possédés, même si cela s'étiola au fil du match, et elle a défendu son territoire avec la maîtrise qu'Alfio Basile semblait envier à la France avant le coup d'envoi. Après deux défaites pour inaugurer son mandat, face au Brésil (0-3) et à l'Espagne (1-2), l'ancien mentor de Boca Juniors a réussi là un coup fameux.
Pour les Bleus, la réalité est plus tristounette. Depuis son splendide match contre l'Italie en septembre (3-1), l'équipe de France a perdu deux fois sur quatre (d'abord contre l'Ecosse 0-1), et réalisé ce qui ressemblait au minimum syndical contre les Féroé (5-0) ou la Grèce (1-0). Sa force collective de la Coupe du monde s'est diluée. Ce n'est ni une raison pour craindre d'aller à Kaunas le mois prochain affronter la Lituanie, ni pour oublier que cette équipe a toujours aimé avancer dans l'inquiétude. Les 79 862 spectateurs de Saint-Denis, record historique, se souviendront au moins de ça : ce superbe une-deux Saviola - Zanetti, sur talonnade de l'ancien Monégasque, permit d'abord à Coupet de briller en gagnant son duel face à Crespo, mais surtout à l'Argentine d'ouvrir le score par l'opportuniste Saviola (15e). Ce bijou de jeu en mouvement éclaira une première période marquée par la domination territoriale mais stérile des Bleus. Elle sembla souvent assumée par l'Argentine, très véloce après la récupération, et suffisamment bien outillée pour se replier bas dans son camp, défendre à huit, et laisser Saviola et Crespo à la limite du hors jeu en toute circonstance, un kilomètre devant.
Coupet, le plus décisif
L'équipe de France, même si elle buta souvent par un déchet technique que cette opposition interdisait, fit passer le frisson sur une reprise de Ribéry à côté après un centre tendu de Malouda (22e) et un «tacle-tir» raté de Trezeguet face à Abbondanzieri (41e), qui bientôt livrerait un dégagement tendu hallucinant de précision jusqu'à trente mètres du but de Coupet. Toujours en 4-4-2, mais avec Ribéry à gauche et son flanc droit new look, la France fit un tout petit peu mieux après le repos. Un petit peu seulement. Il restera l'image de ce jeu à trois Henry-Ribéry-Vieira, avorté avant terme (74e), comme avait été trop écrasée la frappe de Ribéry (58e). La meilleure occasion de la seconde période aura été argentine, quand une mine de Crespo fit encore de Coupet le Français le plus décisif du match. Ce retour de la défaite dans la vie normale des Bleus aidera Domenech à convaincre ses hommes qu'ils ne forment pas la meilleure équipe du monde. Gallas et Basile, les derniers à avoir défendu publiquement cette idée, sont déjugés. Le sélectionneur priera surtout pour le rétablissement sans histoire du joueur d'Arsenal. Le «théorème de Gallas» se vérifie encore : quand il n'est pas là, la France perd. C'est arrivé trois fois en trente-cinq matches sous l'ère Domenech.




